𝐃𝐞𝐬 𝐚𝐫𝐭𝐞𝐟𝐚𝐜𝐭𝐬 𝐝𝐨𝐮𝐚𝐥𝐚𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐃𝐨𝐮𝐚𝐥𝐚 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐚 𝐑𝐨𝐬𝐬 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐕𝐚𝐧 𝐑𝐢𝐣𝐧 𝐜𝐨𝐥𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧*

Je n’ai pas de qualification sur les artefacts ou les œuvres d’art « africains ». Simplement, la lecture des experts apprend sur les biais d’interprétation concernant les artefacts dits « doualas » conservés dans des collections telles que la Ross ou la Van Rijn, des biais couramment mobilisés par des entrepreneurs communautaires dans des discours rapides sur l’identité, l’esthétique ou la symbolique.

𝐷𝑒𝑠 𝑝𝑖𝑟𝑜𝑔𝑢𝑒𝑠. 𝑈𝑛 𝑢𝑛 𝑎𝑟𝑡𝑒𝑓𝑎𝑐𝑡 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢 𝑒𝑚𝑏𝑙𝑒́𝑚𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒

L’artefact le plus célèbre associé aux Doualas dans les collections et les archives photographiques est sans doute la pirogue, notamment celles ornées de proues sculptées (tangé). Cette centralité est en partie logique : les Doualas sont une société côtière et estuarienne, historiquement engagée dans la pêche, la navigation fluviale et les échanges.

Cependant, cette évidence écologique ne saurait être confondue avec un exclusivisme culturel. La pirogue est un artefact largement partagé par de nombreuses sociétés côtières et fluviales de la région, y compris des groupes étroitement apparentés aux Doualas.

Il existe à cet égard une injustice documentaire manifeste : ce sont majoritairement les pirogues de Douala et de Jébalè qui ont été photographiées à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Cette surreprésentation ne signifie nullement que les groupes voisins ou apparentés en fabriquaient moins mais plutôt qu’ils ont été moins regardés, moins photographiés, moins archivés. Or, les pirogues ne peuvent être analysées hors de leurs conditions techniques et environnementales : types de cours d’eau (fleuves, estuaires, mangroves, haute mer), types de pêche et de navigation, contraintes hydrologiques, savoirs techniques partagés à l’échelle régionale.

À cela s’ajoutent d’autres facteurs essentiels (rituels liés à l’eau, conceptions locales du danger, de la protection, du prestige ou de la performativité) qui imposent une grande prudence dans l’interprétation du sens des proues (𝑡𝑎𝑛𝑔𝑒́).

Leur symbolique ne peut donc être lue de manière univoque, ni même automatiquement ethnicisée.

𝐷𝑒𝑠 𝑎𝑟𝑡𝑒𝑓𝑎𝑐𝑡𝑠 𝑛𝑜𝑛 𝑑𝑜𝑢𝑎𝑙𝑎𝑠 𝑝𝑟𝑒́𝑠𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑎̀ 𝐷𝑜𝑢𝑎𝑙𝑎

Par ailleurs, certaines pièces présentes dans les collections (les masques notamment) posent un problème inverse. Tout indique que les Doualas n’en fabriquaient pas traditionnellement.

Le fait que ces objets aient été photographiés ou collectés à Douala ne signifie donc pas qu’ils soient de fabrication douala. Douala fut longtemps un carrefour commercial, politique et rituel, où circulaient objets, personnes et pratiques venus de régions et de groupes différents.

Ces artefacts ont très probablement été apportés à Douala par le commerce, par les réseaux rituels, par les déplacements de personnes ou par les logiques mêmes de la collecte coloniale.

Les localiser photographiquement à Douala ne revient donc pas à les attribuer culturellement aux Doualas.

Des collections comme la Ross ou la Van Rijn sont précieuses, mais elles doivent être lues avec une vigilance critique. Elles documentent autant les sociétés locales que les regards, choix et angles morts de la production coloniale du savoir. De fait, les gens de savoir que l’on peut lire au sujet des artefacts doualas ou localisés à Douala replacent ces objets dans des écologies techniques, des circulations régionales et des histoires de documentation profondément inégales.

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La Ross Archive of African Images (RAAI) est une collection numérique d'environ 5 000 photographies et illustrations d'art africain publiées entre 1590 et 1920. Cette archive constitue une ressource précieuse pour l'étude de l'art africain historique, offrant des images annotées et des légendes originales, souvent accompagnées de traductions.

L'accès à l'archive est réservé aux chercheurs. Pour y accéder, il est nécessaire de créer un compte et de soumettre une demande d'accès. Une fois l'accès accordé, les utilisateurs peuvent consulter les images et les métadonnées associées aux œuvres, facilitant ainsi la recherche et l'étude de l'art africain.

Pour explorer la collection et effectuer des recherches, l'on peut visiter le site officiel du RAAI.

Une recherche approfondie dans la base de données du RAAI révèle que Douala et les Doualas sont mentionnés dans de nombreuses œuvres. Ces œuvres illustrent la richesse et la diversité de l'art africain, notamment en ce qui concerne les traditions artistiques de la région du littoral camerounais.

On trouve dans cette collection de nombreuses photographies (beaucoup de pirogues ou demasques) publiées par Leo Frobenius (1873‑1938), un ethnologue et anthropologue allemand, reconnu pour ses recherches approfondies sur les cultures africaines. Autodidacte passionné, il entreprit entre 1904 et 1935 de nombreuses expéditions à travers le continent, notamment au Cameroun, au Nigeria, au Soudan et en Afrique du Sud.

Au cours de ces voyages, Frobenius recueillit des objets, des photographies, des dessins et des témoignages oraux, offrant un panorama unique des pratiques rituelles, des structures sociales et des expressions artistiques des sociétés africaines. Ses travaux publiés abordent des sujets variés tels que l’art décoratif, les danses rituelles, les mythes et la religion.

Frobenius est également connu pour ses théories sur les civilisations africaines, en particulier le concept de “culture émanée”, qui mettait en avant l’autonomie et la complexité des cultures africaines face aux influences extérieures. Si certaines de ses interprétations sont aujourd’hui considérées comme spéculatives, la richesse de ses collectes et de ses archives reste une source essentielle pour l’étude de l’Afrique.

Fondateur de l’Institut Frobenius à Francfort, il a légué un ensemble considérable de documents et d’objets, conservés encore aujourd’hui et largement consultés par les chercheurs en ethnologie, histoire et art africain.

La Van Rijn Archive of African Art (YVRA) de la Yale University Art Gallery est la plus grande base de données photographique numérique consacrée à l'art africain. Elle comprend environ 150 000 images d'œuvres provenant d'Afrique subsaharienne, issues de collections privées, de musées, d'archives personnelles et nationales, ainsi que de publications diverses.

Parmi ces images, il existe des œuvres identifiées comme étant originaires de Douala ou liées aux Doualas. Ces œuvres sont accessibles en ligne via le moteur de recherche de la base de données, en utilisant le terme de recherche "duala".

Il est important de noter que l'accès à la base de données est réservé aux chercheurs. Pour y accéder, il est nécessaire de créer un compte et de soumettre une demande d'accès. Une fois l'accès accordé, les utilisateurs peuvent consulter les images et les métadonnées associées aux œuvres, facilitant ainsi la recherche et l'étude de l'art africain.

Pour explorer la collection et effectuer des recherches, l'on peut visiter le site officiel du YVRA.

Cette ressource est particulièrement utile pour les chercheurs, les étudiants et les passionnés d'art africain souhaitant approfondir leurs connaissances sur les œuvres originaires de Douala et des Doualas.