Mes textes sur le Cameroun ou « l'Afrique » interrogent les discours holistes sur « l'Afrique » qui présupposent, peu ou prou, que « l'Afrique est un pays ». Ils interrogent l’anti-intellectualisme et ses accessoires (débats sans données, pensée sentencieuse, poncifs du genre « le Cameroun, une Afrique en miniature »). Ils analysent des discours mobilisateurs de fausses évidences. Ils saisissent des visions holistes, naturalistes ou a-historicistes des sociétés africaines. J’étudie la saturation de l’espace public camerounais francophone par la religion et par des constructions narratives mémorielles peu informées ou indifférentes aux exigences du métier d’historien, sans égards pour toute éthique narrative de la mémoire. Je prolonge mes observations pour mon livre Le Cameroun à la croisée des urnes. Ce que j’ai vu en 2025, notamment sur ce que j’ai observé de la grande faiblesse de la lecture hors livres scolaires, des retards de la « culture livresque » et de l’invisibilité d’une culture savante littéraire ou scientifique.

L’un des faits politiques et sociaux les plus caractéristiques du Cameroun est l’hyper-politisation de la mémoire par toutes sortes d’acteurs sociaux et d’entrepreneurs politiques. Dans Le Cameroun à la croisée des urnes, j’analyse en particulier la polémique déclenchée par la question « Il y avait quoi avant ? » ainsi que la publication du rapport de la commission historique franco-camerounaise présidée par l’historienne française Karine Ramondy et le musicien camerounais Blick Bassy. Ces deux événements relèvent d’une même dynamique : ils confrontent le pays à son passé et à la manière dont celui-ci est raconté, interprété et mobilisé dans l’espace public. Or, Mme Ramondy et M. Bassy (comme d’ailleurs le journaliste engagé Thomas Deltombe) ne politisent pas moins à leur manière l’histoire du Cameroun en décrétant et répétant qu’ils apportent en quelque sorte une « justice mémorielle » au pays, à travers un récit fortement centré sur l’action de l’Union des populations du Cameroun (UPC) et sur certaines figures emblématiques comme Ruben Um Nyobè. Or, cette mémoire est loin d’être consensuelle : elle est peu partagée dans certaines régions, notamment au Nord ou dans une partie du Littoral, et elle marginalise ou est perçue comme marginalisant d'autres trajectoires politiques ou expériences de la fin du régime colonial. De fait, ils érigent un segment du territoire et de l’histoire du Cameroun en référence nationale implicite. Certains de mes articles consignent donc mes observations de différents formes de territorialisation et de sélection mémorielle au Cameroun.