𝐁𝐨𝐧𝐚𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐧𝐞̀ 𝐬’𝐚𝐩𝐩𝐞𝐥𝐥𝐞-𝐭-𝐢𝐥 𝐁𝐚𝐥𝐢 𝐝𝐮 𝐟𝐚𝐢𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐌𝐛𝐨𝐫𝐨𝐫𝐨s ? 𝐑𝐢𝐞𝐧 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐬 𝐬𝐮̂𝐫 !
I.
Les plans de 𝐾𝑎𝑚𝑒𝑟𝑢𝑛𝑠𝑡𝑎𝑑𝑡/𝐷𝑢𝑎𝑙𝑎 (") entre 1890 et 1914 (voir le chapitre Ier de notre livre) désignent plus ou moins clairement le territoire aujourd’hui appelé 𝐵𝑎𝑙𝑖.
Probléme 1. sur les cartes du début de la colonisation allemande, le territoire des 𝐵𝑜𝑛𝑎𝑚𝑎𝑛𝑑𝑜𝑛𝑒̀ n'est pas là où est aujourd'hui Bali mais en contiguïté de Bonandjo au niveau du fleuve
Problème 2. sur les cartes du début de la colonisation allemande, Bonamandonè est présentée comme un lignage segmentaire échappant à la juridiction de la chefferie Bell. D'autres lignages segmentaires ne sont pas moins identifiés comme échappant à la juridiction des chefferies Bonaku (Akwa) et Deido. Donc dire que l'actuel Bali est le territoire historique des Bonamandonè et de la juridiction des Bells c'est aller un peu vite en besogne. Hypothèse : après les expropriations et les déplacements des autochtones le long du Wouri et de son immédiateté vers l'intérieur, les Bonamandonè n'ont pas moins été déplacés vers l'actuel Bali.
Autrement dit : difficile de savoir si la désignation de Bali correspond ou non à la toponymie et au contrôle politique antérieurs à la colonisation allemande.
II.
C’est seulement de manière progressive que, dans les documents administratifs allemands, apparaît l’appellation 𝐵𝑎𝑙𝑖 comme toponyme d’usage, sans qu’aucun acte juridique formel de renommage ne puisse être identifié. Tout porte à croire que, pour l’administration allemande, ce type de modification touchant aux quartiers africains était jugé trop mineur pour justifier une normalisation juridique explicite, révélant ainsi un déficit archivistique structurel.
La littérature secondaire, reprise de manière circulaire jusque sur Wikipédia (au 1er février 2026 encore), avance que le nom 𝐵𝑎𝑙𝑖 viendrait de l’occupation partielle de Bonamandonè par des immigrés mbororos «venus de Bali, au Nord-Ouest du Cameroun ».
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bali_(Douala_I)
Cette explication pose toutefois problème.
Les Mbororos sont des éleveurs peuls semi-nomades, connus pour traverser et fréquenter de vastes espaces sans s’identifier durablement à une chefferie précise. Aussi est-il paradoxal qu'ils se soient fixés sur un territoire Bonamandonè (d'origine ou lié au déplacement des Doualas par les Allemands).
En revanche, il existe dans les Grassfields des populations appelées Bali(s) (Bali Nyonga, Bali Kumbat notamment) qui constituent des entités politiques et culturelles bien établies et qui ont pu migrer vers Douala à la fin du XIXᵉ siècle où au début du XXe siècle (*).
La confusion originelle semble donc résider dans l’usage colonial imprécis du toponyme «𝐵𝑎𝑙𝑖 », utilisé tantôt pour désigner une aire géographique perçue, tantôt pour amalgamer des populations distinctes. L’appellation 𝐵𝑎𝑙𝑖 à Douala apparaît ainsi moins comme le reflet d’une origine clairement identifiable que comme le produit d’une désignation coloniale approximative, entérinée par l’usage et le silence des archives.
D'où l'un des avertissements liminaires de mon livre : quand on s'aventure dans les archives allemandes, il convient de garder à l'esprit qu'elles recèlent beaucoup de chausse-trappes intellectuelles et ethnologiques comme celle-ci.
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(*) On ne le dira jamais assez tant on croule sous les anachronismes, c'est d'abord Douala (Camaroes) que les Allemands ont appelé 𝐾𝑎𝑚𝑒𝑟𝑢𝑛𝑠𝑡𝑎𝑑𝑡 et non un supposé 𝐾𝑎𝑚𝑒𝑟𝑢𝑛 qui n'existait pas. Ils ont ensuite retiré cette dénomination à Douala pour l'appliquer à l'ensemble des territoires qu'ils ont placés sous leur juridiction en Afrique centrale. Des territoires, pas un pays ! Il n'y a AUCUN "Camerounais" aux côtés des Doualas lorsqu'ils se battent contre les expropriations allemandes. Et c'est à la faveur de l'existence d'un territoire colonial allemand que les Doualas commencent d'interagir avec les sujets allemands du Nord, du Centre, de l'Ouest du territoire. Et c'est encore à la faveur de cette territorialité allemande coloniale qu'a lieu l'arrivée des premiers "immigrants" Bamilékés à Douala au tout début du XXe siècle.