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(๐๐๐๐๐ ๐'๐๐ฃ๐๐๐๐ ๐๐ข๐ฅ ๐ ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ข๐ฅ, ๐๐ข๐ฅ ๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐ก๐๐๐ข๐ฅ, ๐๐ข๐ฅ ๐ข๐๐ก๐๐๐๐๐ฬ๐๐๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐ก๐๐ , ๐๐ข๐ฅ ๐๐๐ก๐-๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ก๐ข๐๐๐๐ ๐ก๐๐ , ๐๐ข๐ฅ ๐๐๐๐๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐ก๐๐ , ๐ฬ ๐ก๐๐ข๐ ๐๐๐ข๐ฅ ๐๐ข๐ ๐'๐๐๐ก ๐๐ข๐๐ข๐๐ ๐๐ข๐๐๐๐๐๐๐๐ก๐๐๐ ๐๐ ๐ ๐๐๐๐๐๐๐ โ๐ข๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐ก ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐ ๐ข๐ ๐ก๐๐ข๐ก ๐๐ก ๐ ๐ข๐ ๐๐๐๐, ๐๐ ๐๐ ๐๐๐ ๐ ๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐ก๐ก๐ ๐๐๐ก๐)
๐๐๐ ๐๐๐ฃ๐๐ ๐ ๐ข๐ ๐โโ๐๐ ๐ก๐๐๐๐ ๐๐ก ๐'๐๐๐กโ๐๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ข๐๐ก๐ข๐๐๐๐๐ ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐๐ก๐ฬ ๐๐๐ ๐๐๐ข๐ฅ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐๐ ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ก๐ข๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐๐๐๐๐ก๐๐๐ข๐๐ . ๐ฟ๐ ๐๐๐๐๐๐ฬ๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐ ๐๐ ๐ก ๐๐ฬ๐กโ๐๐๐๐๐๐๐๐๐ข๐ : ๐๐๐ ๐๐ข๐๐ ๐ก๐๐๐๐ ๐ ๐๐ข๐๐๐ฃ๐ฬ๐๐ ๐๐๐ ๐๐ ยซ ๐ก๐๐๐๐๐ก๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ยป ๐๐ ๐ ๐๐๐ก ๐๐๐ ๐๐ ๐โ๐๐๐๐๐ ๐๐ข ๐ฃ๐๐๐ ๐๐ข ๐๐ข ๐๐๐ข๐ฅ ๐๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ก๐๐ฃ๐๐ : ๐๐๐ ๐๐ฅ๐๐๐๐๐, ๐๐ ๐ฆ ๐ ๐๐๐๐ข ๐๐ ๐ฃ๐๐๐ ๐๐ข'๐๐ ๐'๐๐ ๐๐ฅ๐๐ ๐ก๐ ๐๐๐ ๐๐ขโ๐ข๐๐ ๐โ๐๐ง ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ , ๐๐๐ ๐๐ข๐ก๐๐๐ ๐ ๐๐๐๐ฬ๐ก๐ฬ๐ ๐๐ฬ๐ก๐๐ฬ๐๐๐ ๐'๐๐ ๐๐๐ก ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐ข๐ฃ๐๐๐ก ๐ฬ๐ก๐๐ ๐๐ข ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ฬ๐๐ ๐ฬ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ; ๐๐๐ ๐๐ฅ๐๐๐๐๐, ๐๐ ๐ฃ๐๐ข๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐ก๐๐ก๐๐ ๐๐๐ ๐ข๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐๐ฃ๐๐๐๐๐๐ก๐ ๐๐ข ๐๐๐ฃ๐๐๐๐๐๐ก๐ ๐๐ ๐๐๐ก๐ก๐ ๐ก๐๐๐๐๐ก๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐๐๐ก๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ , ๐๐ก๐. ๐๐๐ฃ๐๐๐ ๐ก๐๐ข๐ก ๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐ก๐๐ ๐๐๐๐๐ก๐๐ก๐ฬ. ๐ฟ๐ ๐๐๐ข๐ฅ๐๐ฬ๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐ ๐๐ ๐ก ๐๐ขโ๐๐ ๐๐ฅ๐๐ ๐ก๐ ๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐๐ก๐๐ ๐๐๐ข๐ ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐ข๐ ๐ฃ๐๐๐๐๐ก๐ฬ ๐'๐๐๐๐๐๐๐๐ก๐๐๐ ๐๐๐๐๐ก๐๐ก๐๐๐๐, ๐๐๐ ๐ โ๐๐๐๐๐๐๐๐๐ก ๐๐๐๐ ๐ข๐ ๐๐๐ก๐-๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ก๐ข๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐ก ๐ข๐๐ ๐๐๐๐ ๐ฬ๐ ๐ ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ข๐ ๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐ก ๐๐โ๐ฬ๐๐๐ ๐ฬ ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐ฬ ๐๐๐ ๐๐ฬ๐๐๐ก๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐๐ข๐ฅ ๐ ๐ข๐๐๐๐ ๐ฬ๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐ก๐ก๐๐ ๐๐ก ๐๐ข๐ ๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐๐๐๐๐๐๐ก ๐ฬ๐ก๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ฬ๐ . ๐ถโ๐๐ ๐ก ๐๐๐ก๐ก๐ ๐๐๐ข๐ฅ๐๐ฬ๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐ ๐ฃ๐๐ข๐๐๐๐๐ ๐ฬ๐ก๐๐ฆ๐๐ ๐๐๐๐ ๐ก๐๐๐๐ ๐๐ข๐๐๐๐๐๐ก๐๐๐๐ : 1. ๐ฟ๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐ฬ๐ ๐๐๐ข๐๐๐๐ก ๐ก๐๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐โ๐๐ข๐ฅ ๐ก๐๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐ข๐๐ ๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐๐๐๐ก ๐๐ขโ๐๐๐ ยซ ๐ ๐๐๐ก ๐๐๐ ๐ต๐๐๐ก๐๐ข๐ ยป 2. ๐ฟ๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐ฬ๐ ๐๐๐ข๐๐๐๐ก ๐ก๐๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐โ๐๐ข๐ฅ ๐ก๐๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐ข๐๐ ๐๐ฬ๐๐๐ข๐๐๐๐ก ๐๐๐ ยซ ๐กโ๐๐๐๐๐๐ ยป ๐๐ข ๐๐ฬ๐๐ฬ๐๐๐๐๐๐ ๐ถโ๐๐๐โ ๐ด๐๐ก๐ ๐ท๐๐๐ ๐๐ก ๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐๐๐๐ก ๐๐ข๐ ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐ข๐ ๐ ๐ข๐๐ ๐๐๐๐๐๐ก๐ฬ ๐๐ฃ๐๐ ยซ ๐'๐ฬ๐๐ฆ๐๐ก๐๐๐ ยป ๐๐๐๐๐๐ 3. ๐ฟ๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐๐ ๐๐๐ข๐๐๐๐ก ๐๐๐๐๐ก๐๐ ๐ก๐๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐ข๐๐ ๐๐ข๐ ๐โ๐๐๐โ๐๐๐ก ๐ฬ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐ข๐ ยซ ๐ ๐๐ฬ๐๐๐ ๐๐ข๐๐๐๐ฬ๐๐ ยป ๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐๐. ๐ถ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐๐๐๐ก ๐ฬ ๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐ ๐'๐ฬ๐๐๐๐ฃ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐ต๐๐๐, ๐๐ข๐ ๐โ๐๐ ๐ก ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐ ๐ก ๐ก๐๐ฬ๐ ๐ ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ข๐ฅ ๐ฬ ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐ฃ๐๐ข๐ก ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ก๐ก๐๐ ๐ ๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐๐ฬ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ข๐๐ ๐ก-๐๐๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ขโ๐๐๐ ๐'๐๐๐ก ๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐ ๐ฬ๐ (๐โ๐ฆ ๐๐๐ฃ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐๐โ๐๐๐๐๐๐๐๐ก), ๐๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐ก ๐ก๐๐ข๐๐๐ข๐๐ ๐ฬ๐ก๐ฬ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ , ๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐, ๐๐๐๐๐๐๐ก ๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐, ๐๐๐๐ฬ๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐. ๐ฟ๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ก ๐ฬ ๐ ๐ ๐ก๐๐๐๐ ๐ฬ ๐๐๐ ๐ก๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐๐ฃ๐๐ ๐ฬ๐๐ ๐๐๐ข๐ ๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐ ๐ฬ ๐๐ ๐๐๐ก๐๐ก๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐ข๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐ข๐๐ ๐ฬ ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐๐ข๐๐๐๐ ยซ ๐ฟ๐๐ ๐ท๐๐ข๐๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐ ๐ ๐๐ฃ๐๐๐ก ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐ฬ๐ก๐๐๐ ๐๐ก ๐๐ ๐ ๐๐๐ก ๐๐๐ข๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐ข๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐ข๐๐ , ๐๐๐ ๐ฬ๐๐๐๐ฃ๐๐๐๐ , ๐๐ก๐. ยป.
Les dรฉclarations du chanteur congolais Gims affirmant que lโรฉlectricitรฉ aurait รฉtรฉ inventรฉe par les ยซpharaons noirs ยป, comme celles de Rama Yade รฉvoquant une maรฎtrise ancienne de la fusion nuclรฉaire par ces mรชmes pharaons, ont suscitรฉ une ironie mรฉdiatique. Ces propos, aussi spectaculaires quโincongrus, ne constituent pourtant que la forme la plus grossiรจre et la plus visible dโun phรฉnomรจne intellectuel ancien et complexe : lโรฉgyptocentrisme noir.
I. L'รฉgyptocentrisme noir
Celui-ci ne saurait รชtre rรฉduit ร quelques sorties de personnalitรฉs publiques. Il sโinscrit dans une tradition afro-amรฉricaine de longue durรฉe, dont Cheikh Anta Diop a รฉtรฉ, en contexte francophone, lโun des relais majeurs, sans en รชtre lโinventeur. Plus largement, comme lโa remarquablement montrรฉ Loรฏc Le Quellec (photo), lโรฉgyptocentrisme noir nโest lui-mรชme quโune variante particuliรจre dโune vaste constellation dโรฉgyptocentrismes (europรฉens, romantiques, รฉsotรฉriques ou raciaux) qui ont traversรฉ lโhistoire intellectuelle moderne.
La forme la plus visible de cet รฉgyptocentrisme est celle portรฉe par les courants afrocentristes, notamment aux รtats-Unis (Molefi Kete Asante, Yosef Ben-Jochannan, Maulana Karenga) mais aussi en Afrique (Cheikh Anta Diop, Thรฉophile Obenga). Dans cette version, lโรgypte antique est prรฉsentรฉe comme fondamentalement africaine (noire, pour parler sans euphรฉmisme) et comme la source premiรจre, voire exclusive, des grandes inventions scientifiques, philosophiques et politiques ultรฉrieurement attribuรฉes aux Grecs puis aux Europรฉens. Cet afrocentrisme รฉgyptien a parfois revรชtu des apparences acadรฉmiques, avant dโรชtre largement disqualifiรฉ sur le plan scientifique par des travaux relevant aussi bien de lโhistoire ancienne que de lโรฉgyptologie, de la linguistique historique ou de la thรฉorie de la connaissance (Mary Lefkowitz, Jan Assmann, Frank M. Snowden, J.-P. Chrรฉtien, F.-X. Fauvelle-Aymar, C.-H. Perrot, entre autres) : : analogies approximatives, voire fallacieuse, absence de protocoles comparatifs stricts, sรฉlection orientรฉe des donnรฉes, preuves visuelles littรฉralement absurdes, etc.
Il convient toutefois de noter que la contestation de ces thรจses se heurte frรฉquemment ร un dispositif rhรฉtorique dโimmunisation : les contradicteurs sont disqualifiรฉs non sur le plan argumentatif, mais sur un registre moral ou racial. Les critiques Blancs sont accusรฉs de ยซ racisme scientifique ยป ; les critiques Noirs de ยซcomplexe racial ยป ou de trahison raciale. Ce dรฉplacement du dรฉbat est une maniรจre de soustraire ces thรจses ร toute รฉvaluation scientifique ordinaire.
II. L'รฉgyptocentrisme douala
Lโรฉgyptocentrisme noir ne se rรฉduit cependant pas ร cette version afrocentriste explicitement prise dans la bipolaritรฉ raciale Noirs/Blancs.
Il existe une autre variante, moins spectaculaire mais tout aussi problรฉmatique, qui tend non pas seulement ร africaniser lโรgypte ancienne, mais ร faire de celle-ci (et plus prรฉcisรฉment des ยซpharaons noirs ยป) la matrice explicative de lโensemble des civilisations africaines.
Cette perspective a รฉtรฉ formulรฉe de maniรจre particuliรจrement systรฉmatique dans lโouvrage du prince Dika Akwa nya Bonambela, ๐ฟ๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ก๐ ๐๐๐ ๐โ๐๐๐๐๐๐ ๐ฬ ๐ก๐๐๐ฃ๐๐๐ ๐โ๐ด๐๐๐๐๐ข๐ (1985), dont je fais une critique sรฉvรจre dans mon livre sur Les Doualas, pour montrer que son livre se rapproche plus dโune construction gnostique que dโun travail de recherche. Et il est proprement navrant lorsqu'il juxtapose des images d'artefacts รฉgyptiens et des photos d'artefacts doualas ou d'individus doualas (y compris de sa propre famille) pour prรฉtendre y trouver la preuve d'une continuitรฉ raciale ou culturelle. On est un peu sidรฉrรฉ par cette maniรจre de faire. L'anthropologie biologique et l'histoire des phรฉnotypes humains existent. Et il faut un peu dรฉraisonner pour postuler que des phรฉnotypes humains sont immuables ร plusieurs millรฉnaires de distance. PS. Le fait est que j'ai consacrรฉ un livre (ยซBlancs.. mais Noirs. Le passing, histoire d'une mascarade aux Etats-Unis ยป) ร l'industrie politique, lรฉgale et judiciaire de la reconnaissance de qui est ยซBlanc ยป et qui est ยซNoir ยป aux Etats-Unis pendant la sรฉgrรฉgation raciale, le ยซpassing ยป consistant dans la facultรฉ pour des personnes ยซayant du sang noir ยป de se prรฉsenter comme ยซBlancs ยป en jouant des impressions et des perceptions.
Arrรชtons-nous ici sur lโun des aspects les plus consternants de cet รฉgyptocentrisme noir : lโaspect linguistique.
Un premier problรจme tient ร la conception mรชme de la ยซ connaissance linguistiqueยป mobilisรฉe dans ces travaux. Le terme est employรฉ dans un sens extrรชmement lรขche, oรน la familiaritรฉ avec des listes lexicales, des transcriptions secondaires ou des gloses approximatives tient lieu de compรฉtence linguistique. Or, en linguistique, la connaissance effective dโune langue (surtout lorsquโil sโagit dโune langue vivante comme le douala) suppose une maรฎtrise minimale de ses usages, de sa phonologie rรฉelle, de sa morphosyntaxe et de ses valeurs sรฉmantiques en contexte. Lโabsence de toute enquรชte de terrain rend les comparaisons proposรฉes structurellement fragiles.
Cette carence mรฉthodologique est dโautant plus problรฉmatique que le douala est une langue ร forte variation dialectale, ร histoire de contacts complexe, et ร tradition รฉcrite relativement rรฉcente (depuis les annรฉes 1840). Sans compรฉtence linguistique directe, il devient impossible de distinguer entre formes anciennes et innovations rรฉcentes, entre hรฉritage et emprunts (portugais, allemand, franรงais, langues voisines), ou encore entre ressemblances fortuites et correspondances significatives. La comparaison lexicale se trouve ainsi privรฉe de tout contrรดle empirique par lโusage vivant.
Les rapprochements proposรฉs par les รฉgyptocentristes doualas (comme tous les autres dโailleurs) reposent presque exclusivement sur des ressemblances phonรฉtiques superficielles, extraites de dictionnaires ou de travaux antรฉrieurs, sans reconstruction, sans sรฉries de correspondances rรฉguliรจres, et sans prise en compte des lois connues du changement linguistique. Or la linguistique comparative moderne sโest prรฉcisรฉment constituรฉe contre ce type dโillusion : la ressemblance formelle nโest jamais, en elle-mรชme, une preuve de parentรฉ gรฉnรฉalogique. Sans correspondances phonรฉtiques systรฉmatiques, sans critรจres de falsification, sans distinction rigoureuse entre cognats, emprunts et coรฏncidences, la comparaison reste arbitraire et invรฉrifiable.
Mais le problรจme est plus fondamental encore. Chez les รฉgyptocentrises doualas ou autres, la comparaison linguistique sโinscrit dans un cadre tรฉlรฉologique qui en dรฉtermine ร lโavance les rรฉsultats. La parentรฉ entre lโรฉgyptien ancien et les ยซ langues de Ngala ยป (concept fumeux par lequel le prince Dika Akwa dรฉsigne les Doualas) nโest pas une hypothรจse ร tester, mais un postulat destinรฉ ร confirmer une thรจse plus gรฉnรฉrale : celle de lโรgypte ancienne comme matrice originelle des civilisations africaines. Toute ressemblance lexicale est alors interprรฉtรฉe comme une survivance, toute dissemblance comme une altรฉration due au temps ou ร lโexil.
On se trouve ainsi face ร un raisonnement circulaire : lโafricanitรฉ de lโรgypte est prรฉsupposรฉe ; une filiation avec les langues africaines contemporaines est recherchรฉe ; et les donnรฉes linguistiques sont mobilisรฉes non pour รฉvaluer lโhypothรจse, mais pour lโillustrer. La comparaison linguistique cesse dโรชtre un outil heuristique pour devenir un dispositif de confirmation idรฉologique.
Dans ces conditions, appliquer ce cadre ร un nouveau corpus (comme le font les รฉgyptocentristes doualas) ne peut quโen reproduire les failles. Il ne sโagit pas dโune dรฉmonstration cumulative, mais dโune rรฉpรฉtition paradigmatique. La filiation linguistique invoquรฉe nโexplique ni les mรฉcanismes historiques de transmission, ni les discontinuitรฉs attestรฉes, ni les profondes diffรฉrences structurelles entre lโรฉgyptien ancien et les langues bantoues. Elle relรจve davantage de lโanalogie symbolique que de la continuitรฉ historique dรฉmontrable.
III. Pourquoi ยซ รงa marche ยป ?
Lโ รฉgyptocentrisme, dรฉjร largement disqualifiรฉ sur le plan scientifique, continue de se diffuser, en changeant dโรฉchelle et de terrain, mais sans renouveler ses outils ni ses mรฉthodes, dans des entreprises de rรฉaffirmation identitaire รฉloignรฉes de toute dรฉmonstration scientifique au sens strict.
๐ด) ๐๐๐๐๐ ๐๐ข๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐๐๐๐๐ก ๐๐๐ก๐๐ ๐๐ ๐ก๐๐๐ ๐๐ ๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐, ๐๐๐๐๐๐๐ก๐๐ ๐๐ ๐๐ก ๐ ๐๐๐๐๐๐ ๐โ๐๐๐๐๐๐๐ก
Lโรฉgyptocentrisme noir en gรฉnรฉral, et le diopisme en particulier, exercent une indรฉniable force de sรฉduction. Celle-ci est souvent expliquรฉe par deux facteurs principaux : dโune part, la valorisation symbolique quโils procurent, en offrant ร certains publics africains ou afro-descendants des motifs de fiertรฉ et de rรฉhabilitation historique ; dโautre part, lโactivation dโun registre interprรฉtatif de type complotiste, dans lequel une ยซ vรฉritรฉ ยป aurait รฉtรฉ dรฉlibรฉrรฉment occultรฉe par des savants occidentaux, souvent assimilรฉs indistinctement ร ยซ les Blancs ยป (alors que le diopisme n'est pas plus reconnu par les chercheurs asiatiques ou du monde arabo-musulman).
Ces deux dimensions sont rรฉelles, mais elles ne suffisent sans doute pas ร rendre compte de lโefficacitรฉ persuasive de ces discours. Un troisiรจme facteur, plus formel mais non moins dรฉcisif, mรฉrite dโรชtre pris en considรฉration : la grandiloquence savante de leurs promoteurs et lโeffet dโautoritรฉ quโelle induit. Les textes associรฉs ร Cheikh Anta Diop et ร ses continuateurs mobilisent frรฉquemment un appareil รฉrudit impressionnant en apparence โ rรฉfรฉrences multiples, vocabulaire technique, rapprochements interdisciplinaires (linguistique, histoire, anthropologie, parfois mรชme sciences naturelles) โ qui peut produire sur le lecteur un effet de profondeur et de rigueur.
Or, cet effet dโรฉrudition ne garantit en rien la validitรฉ scientifique des dรฉmonstrations. Il peut au contraire masquer, pour un public non avisรฉ des impรฉrities mรฉthodologiques dรฉjร relevรฉes par des spรฉcialistes. La densitรฉ apparente du discours fonctionne alors comme un substitut de preuve, confรฉrant aux thรจses avancรฉes une crรฉdibilitรฉ qui tient davantage ร leur mise en forme quโร leur soliditรฉ intrinsรจque.
Ce phรฉnomรจne est bien connu dans lโhistoire des idรฉes : la rhรฉtorique savante peut produire un effet de lรฉgitimation autonome, indรฉpendamment de la qualitรฉ des arguments. Dans le cas du diopisme, elle contribue ร renforcer lโadhรฉsion en donnant le sentiment dโaccรฉder ร un savoir ร la fois complexe, global et longtemps rรฉservรฉ, ce qui en accroรฎt encore lโattrait.
๐ต) ๐๐๐๐๐ ๐๐ข'๐๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐๐๐ฆ๐ฬ ๐๐๐ ๐๐๐ ๐ข๐๐๐ฃ๐๐๐ ๐๐ก๐๐๐๐๐ ๐๐ก ๐๐๐ ๐๐ ๐ ๐๐ฆ๐๐ ๐ก๐๐
La place du diopisme dans le milieu acadรฉmique camerounais (je lui ai consacrรฉ plusieurs heures d'analyse : plateformes acadรฉmiques, appels ร communications, thรจses, mรฉmoires, etc.) offre un observatoire particuliรจrement รฉclairant des circulations contemporaines des savoirs historiques entre science, idรฉologie et enjeux identitaires. Les thรจses รฉgyptocentristes connaissent dans ce contexte une rรฉception qui nโest ni marginale ni pleinement dominante, mais intermรฉdiaire et stratifiรฉe, ร la fois institutionnalisรฉe et discutรฉe. Elles apparaissent ainsi moins comme un paradigme scientifique stabilisรฉ que comme une ressource intellectuelle mobilisรฉe ร diffรฉrents niveaux du champ universitaire.
Les programmes dโenseignement en histoire et en รฉgyptologie, notamment dans des รฉtablissements comme lโUniversitรฉ de Yaoundรฉ I, tรฉmoignent dโune intรฉgration partielle de ces perspectives. Certains cours affichent explicitement lโambition de mettre en relation lโรgypte ancienne et lโAfrique subsaharienne, en postulant une continuitรฉ historique et culturelle entre ces espaces.
Une telle orientation sโinscrit clairement dans la matrice diopienne, en reprenant lโidรฉe dโun foyer civilisationnel africain originel dont lโรgypte constituerait lโexpression la plus aboutie.
Toutefois, cette prรฉsence curriculaire ne mโest pas apparue une hรฉgรฉmonie doctrinale : elle coexiste avec des enseignements plus classiques dโhistoire africaine, coloniale ou contemporaine, qui mobilisent des cadres mรฉthodologiques largement partagรฉs ร lโรฉchelle internationale. Le diopisme apparaรฎt ainsi comme un axe parmi dโautres, et non comme un socle exclusif.
Cโest sans doute dans les travaux de recherche, en particulier au niveau des mรฉmoires et des thรจses, que lโinfluence diopiste se manifeste le plus nettement. Plusieurs productions acadรฉmiques reprennent tous azimuts des thรจmes centraux de cette tradition : affirmation de la nรฉgritรฉ de lโรgypte ancienne, hypothรจse dโune unitรฉ linguistique africaine, ou encore recherche de filiations directes entre langues et cultures dโAfrique centrale et civilisation pharaonique. Ces travaux tรฉmoignent dโune appropriation active et parfois militante des thรจses diopiennes, qui sont mobilisรฉes comme cadre interprรฉtatif global. Nรฉanmoins, leur statut รฉpistรฉmologique demeure hรฉtรฉrogรจne : il sโagit le plus souvent de recherches individuelles, dont la reconnaissance dรฉpend des critรจres dโรฉvaluation acadรฉmique ordinaires et qui ne reflรจtent pas nรฉcessairement un consensus disciplinaire.
Parallรจlement, le diopisme au Cameroun bรฉnรฉficie dโune structuration institutionnelle et associative qui contribue ร sa visibilitรฉ. Lโexistence de rรฉseaux, de sociรฉtรฉs savantes ou de colloques dรฉdiรฉs ร la ยซ pensรฉe ยป de Cheick Anta Diop atteste dโune volontรฉ de consolider et de diffuser ce courant au sein de lโespace acadรฉmique. Cette dimension organisรฉe confรจre au diopisme une assise qui dรฉpasse le cadre strict de la production scientifique, en lโinscrivant dans un projet intellectuel plus large, souvent explicitement orientรฉ vers la rรฉhabilitation historique et culturelle de lโAfrique. ร cet รฉgard, il ne se limite pas ร une hypothรจse historiographique : il fonctionne รฉgalement comme un instrument de revalorisation symbolique.
Cโest prรฉcisรฉment cette dimension qui explique en partie sa rรฉception. Dans un contexte marquรฉ par lโhรฉritage colonial et par la fragmentation ethnolinguistique, le recours ร lโรgypte ancienne comme origine commune peut jouer un rรดle fรฉdรฉrateur (cโest dโailleurs ce que fait Roger Mardochรฉe Ekwรจ dans ๐ฟ๐ ๐๐๐๐๐๐๐ข๐ ๐ข๐ ๐๐ก ๐๐๐๐๐ฃ๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐ข ๐'๐๐๐๐๐๐๐ ๐ฬ๐๐ฆ๐๐ก๐๐๐๐๐ ๐๐๐ ๐๐กโ๐๐๐๐ ๐๐ข ๐๐๐๐๐๐๐ข๐. ๐ธ๐ ๐ ๐๐ ๐โ๐๐๐กโ๐๐๐๐๐๐๐๐๐, 2016). Il permet de proposer une narration unifiรฉe et valorisante du passรฉ, susceptible de transcender les clivages internes. Toutefois, cette fonction symbolique sโaccompagne dโun risque de simplification : en postulant une continuitรฉ transhistorique, elle tend ร homogรฉnรฉiser des trajectoires historiques complexes et ร minimiser les discontinuitรฉs, les circulations et les recompositions qui caractรฉrisent les sociรฉtรฉs africaines.
Enfin, il importe de souligner que le diopisme nโรฉchappe pas ร la critique au sein mรชme du monde acadรฉmique camerounais et, plus largement, des sciences historiques et linguistiques. Les rรฉserves portent notamment, comme partout ร travers le monde, sur des questions mรฉthodologiques. Lโexistence de telles critiques dit, au moins, que lโuniversitรฉ camerounaise nโest pas un espace monolithique, mais un lieu de dรฉbats oรน diffรฉrentes approches coexistent, ร dรฉfaut de se confronter.
Au total, le diopisme dans le milieu acadรฉmique camerounais se caractรฉrise par une position intermรฉdiaire : ร la fois prรฉsent dans lโenseignement, influent dans certaines recherches et soutenu par des rรฉseaux institutionnels, il ne constitue ni une orthodoxie incontestรฉe ni une marginalitรฉ ignorรฉe. Il apparaรฎt plutรดt comme un courant intellectuel hybride, situรฉ ร lโintersection de la science, de lโidรฉologie et de la quรชte identitaire, dont la vitalitรฉ tient autant ร ses usages sociaux et symboliques quโร sa portรฉe proprement scientifique.
24 dรฉcembre 2025.