A paraître. Le Cameroun à la croisée des urnes. Choses vues en 2025
Paris, Editions de l'Encoche, 2026.
Que faudrait-il pour qu’une élection présidentielle au Cameroun soit exemplaire ? Peut-être commencer par échographier minutieusement la séquence allée de 2023 à 2025. La scène politique camerounaise, ses rituels électoraux, ses voix discordantes et ses dynamiques de pouvoir sont ici observés à travers un essai rigoureux, à la croisée de la philosophie politique et de la science politique, de l’histoire et du droit, des finances publiques et de la gestion publique.
La première partie est consacrée au jeu politique et électoral. L’ouvrage s’ouvre sur l’examen des interprétations concurrentes de la séquence électorale proprement dite, notamment celles relatives aux décisions du Conseil constitutionnel et à la distinction entre légalité formelle et réalité empirique. Cette partie analyse les difficultés rencontrées par la candidature de Maurice Kamto, ainsi que les limites stratégiques et organisationnelles de l’opposition. L’étude met en évidence la fragmentation du champ partisan, la personnalisation extrême des formations politiques, la faiblesse de leur structuration institutionnelle et les carences de leur gouvernance interne. Les dysfonctionnements du processus électoral sont également examinés à travers une analyse critique du rôle d’Elecam, de la gestion du fichier électoral et des mécanismes de contrôle du scrutin.
La deuxième partie s’intéresse à l’épuisement de l’alternative politique. Elle explore les formes contemporaines d’anti-intellectualisme qui affectent le débat public, la faiblesse du recours à l’expertise et aux données dans l’élaboration des propositions politiques, les impensés et les lacunes normatives de l’opposition. C’est à cette multiple aune que sont analysées différentes propositions de l’opposition ainsi que les discours néo-panafricanistes qui ont fait florès pendant l’année électorale.
L’analyse s’élargit enfin aux questions de mémoire et de récit national. À travers l’étude des controverses historiques récentes (« Il y avait quoi avant ? », « Ouandié », rapport Ramondy sur la « Guerre du Cameroun »), ainsi que des usages et mésusages politiques du passé, elle montre comment les conflits mémoriels, la territorialité des mémoires, les concurrences identitaires et les oublis collectifs affectent la construction nationale au Cameroun.
En conclusion, la séquence politique camerounaise de 2025 et ses différents prolongements en 2026, notamment la création d’un poste de vice-président, révèlent moins une simple continuité électorale qu’un système fondé sur la durée, la loyauté de survie et l’affaiblissement de la confiance publique. Entre fractures territoriales, crise de la vérité institutionnelle et fascination pour les réussites individuelles, le Cameroun traverse peut-être une transition invisible.
Pascal Kouoh Mbongo est diplômé de l’ÉHESS, docteur en droit et agrégé des facultés de droit. Ses livres sur l’histoire, la politique, le droit et la culture en France et aux États-Unis résonnent de son ascèse de chercheur autant que de ses différentes expériences (comme Visiting Research Scholar à différentes reprises à la NYU, professeur invité aux États-Unis, collaborateur fonctionnel en haute administration…). Le deuxième volet de sa trilogie camerounaise portera sur Les Doualas. Fragments d’histoire et d’anthropologie.
------------------------------------
What would it take for a presidential election in Cameroon to be exemplary? Perhaps it would be necessary to begin by carefully examining the entire sequence of events from 2023 to 2025. Cameroon’s political landscape, its electoral rituals, its dissenting voices, and its dynamics of power are here observed through a rigorous essay situated at the intersection of political philosophy and political science, history and law, public finance and public administration.
The first part is devoted to the political and electoral contest. The book opens with an examination of competing interpretations of the electoral sequence itself, notably those concerning the decisions of the Constitutional Council and the distinction between formal legality and empirical reality. It analyses the obstacles encountered by Maurice Kamto’s candidacy, as well as the opposition’s strategic and organisational limitations. The study highlights the fragmentation of the party system, the extreme personalisation of political organisations, the weakness of their institutional structures, and the shortcomings of their internal governance. The dysfunctions of the electoral process are also examined through a critical analysis of the role of Elecam, the management of the electoral register, and the mechanisms for monitoring and overseeing the ballot.
The second part turns to the exhaustion of the political alternative. It explores contemporary forms of anti-intellectualism affecting public debate, the limited recourse to expertise and data in the formulation of political proposals, and the opposition’s unexamined assumptions and normative shortcomings. Against this broader backdrop, various opposition proposals are analysed, together with the neo-Pan-Africanist discourses that flourished during the electoral year.
The analysis then broadens to questions of memory and national narrative. Through an examination of recent historical controversies (“Il y avait quoi avant ?”, “Ouandié”, the Ramondy report on the “Cameroon War”), as well as the political uses and misuses of the past, the book shows how memory conflicts, the territorialisation of memory, competing identities, and collective omissions shape the process of nation-building in Cameroon.
In conclusion, Cameroon’s political sequence in 2025 and its various repercussions in 2026 (notably the creation of the office of Vice President) reveal less a mere continuation of the electoral cycle than a system sustained by longevity, survival-driven loyalty, and the erosion of public trust. Caught between territorial fractures, a crisis of institutional truth, and a fascination with individual success, Cameroon may perhaps be undergoing an invisible transition.
Pascal Kouoh Mbongo is an alumnus of the École des hautes études en sciences sociales (EHESS), a Doctor of Law, and an Agrégé des Facultés de droit. His books on history, politics, law, and culture in France and the United States bear the imprint both of his scholarly asceticism and of his varied professional experiences, including repeated appointments as a Visiting Research Scholar at NYU, visiting professorships in the United States, and senior roles within the French public administration. The second volume of his Cameroonian trilogy will focus on The Doualas: Fragments of History and Anthropology*.*
Lire la table des matières